Il existe classiquement trois étapes qui jalonnent la pratique du tai chi chuan style Chen. Savoir se situer dans cette progression est intéressant afin de bien identifier les qualités à développer prioritairement.
Première étape : la force apparente (ming jin)
Ming jin (明劲) signifie littéralement force apparente. La première étape se concentre donc sur les aspects externes de la pratique. Il s'agit par exemple d'acquérir une maîtrise
formelle des mouvements de l'enchaînement en respectant les règles fondamentales qui gouvernent la structure corporelle, la manière de se déplacer, l'activité des mains, l'orientation du regard.
Cette étape est importante, car, comme le dit l'adage, "les mauvaises habitudes ne se corrigent pas aisément". Lors de cette étape, l'accent est mis sur le relâchement, qui est nécessaire pour
une bonne circulation sanguine mais aussi pour développer l'élasticité des muscles et des tendons. Néanmoins, au terme de cette étape, il est normal que la rigidité l'emporte encore sur la
souplesse.
Deuxième étape : la force cachée (an jin)
An jin (暗劲) signifie littéralement force cachée. Cette deuxième étape concerne donc plus particulièrement le travail interne. Plus précisément, il s'agit de parvenir à déclencher
et diriger le mouvement de l'intérieur du corps. Pour l'observateur extérieur non averti, ce travail demeurera invisible, mais pour le pratiquant, le mode opératoire sera bien différent de celui
de la première étape. L'un des objectifs sera d'établir une harmonie parfaite entre le haut, le bas, et le milieu du corps. Autrement dit, le pratiquant apprendra à tisser des liens entre chaque
partie du corps, et alternativement à les distendre et les resserrer au cours des mouvements. Alors, les mouvements ne seront plus hésitants ; ils seront guidés par l'intention. La force ne sera
plus dispersée mais consciemment dirigée et parfaitement dosée.
Troisième étape : la force instinctive (ling jin)
Ling jin (灵劲) signifie force vive ou instinctive. On parle aussi de l'étape shen ming (神明), qui renvoie aux divinités. Ici, la pratique atteint donc son apogée. Les réponses aux
attaques sont immédiates, fulgurantes, imperceptibles, et sont susceptibles de jaillir de toutes les parties du corps. Cette étape très lointaine procure aussi une longévité et une union avec les
forces naturelles.
En traversant ces trois étapes, les proportions au sein du couple yin-yang s'équilibrent progressivement. Ainsi, la première étape correspond approximativement à un rapport de 10/90 ou
20/80, la deuxième à un rapport de 30/70 ou 40/60, et la troisième à l'équilibre parfait de 50/50*. Par ailleurs, le pratiquant est amené à réduire
l'amplitude de ses cercles, d'abord grands puis moyens, petits, et finalement invisibles. Cette progression s'applique aussi bien à la pratique en solo des enchaînements qu'à la pratique à deux,
comme par exemple les mains collantes.
* Dans son traité, Chen Xin (1849-1929) définissait quant à lui cinq étapes basées sur cette série de proportions.
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